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    3 décembre 2020Lettres et allocutions

    Pour une véritable inclusion des personnes en situation de handicap

    La Journée internationale des personnes handicapées soulignée aujourd’hui nous donne l’occasion de réfléchir à la place que nous accordons collectivement à ces personnes qui représentent 15 % de la population mondiale, selon l’Organisation mondiale de la santé. Comment favorisons-nous leur intégration à la société? Quels moyens mettons-nous en place pour éliminer les barrières discriminatoires qui se dressent sur leur parcours?

    Par Philippe-André Tessier et Sylvain Le May, respectivement président et membre de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. 

    Montréal, 3 décembre 2020 - La Journée internationale des personnes handicapées soulignée aujourd’hui nous donne l’occasion de réfléchir à la place que nous accordons collectivement à ces personnes qui représentent 15 % de la population mondiale, selon l’Organisation mondiale de la santé. Comment favorisons-nous leur intégration à la société? Quels moyens mettons-nous en place pour éliminer les barrières discriminatoires qui se dressent sur leur parcours?

    Les faits parlent d’eux-mêmes. La pauvreté est encore une réalité pour de nombreuses personnes en situation de handicap, étant donné la discrimination dont elles sont souvent victimes dans l’accès au marché du travail. Celles-ci se retrouvent de manière disproportionnée parmi les personnes qui ont un faible revenu ou qui occupent un emploi précaire. C’est pourquoi la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse interpelle aujourd’hui le gouvernement afin qu’il pose des actions concrètes pour favoriser l’accès à l’égalité en emploi des personnes en situation de handicap.

    Il y a 20 ans, le Québec adoptait la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans des organismes publics, qui vise à contrer la discrimination systémique vécue par certains groupes en emploi. Les personnes handicapées ont été ajoutées comme groupe cible en 2005. La Commission a entre autres le mandat de veiller à l’application de cette Loi. Elle constate, 15 ans plus tard, que la représentation des membres de ce groupe ne correspond qu’à 1 % du total des effectifs dans presque tous les organismes publics assujettis à la Loi, ce qui est loin des cibles à atteindre.

    Dans son dernier rapport sur l’accès à l’égalité en emploi publié plus tôt cette année, la Commission concluait qu’un investissement majeur dans le recrutement devrait être fait par les employeurs afin de mieux rejoindre les membres de ce groupe qui représentent une main d’œuvre compétente et disponible au travail dans le contexte actuel de la rareté de la main d’œuvre dans le marché de l’emploi.

    À ce sujet, la Commission réitère une demande qu’elle a faite à plusieurs reprises, à savoir que les programmes d’accès à l’égalité en emploi soient étendus au secteur privé et qu’ils s’appliquent également à la fonction publique. Étant donné la discrimination systémique et les préjugés qui persistent, il nous apparait essentiel de mettre en place des mesures de ce type pour que l’égalité réelle se matérialise pour les personnes en situation de handicap. Les programmes d’accès à l’égalité en emploi constituent un levier pour motiver les organisations à adapter leurs façons de faire et à aplanir les obstacles à l’emploi pour les groupes ciblés, notamment les personnes handicapées.

    Année après année, le handicap est le motif interdit de discrimination pour lequel la Commission reçoit le plus de plaintes en vertu de la Charte. En 2019-2020, 35 % de tous les dossiers ouverts portaient sur ce motif. Sur ces 235 dossiers de plainte pour le motif handicap, la majorité, soit une centaine de dossiers, concernait le secteur du travail. Du côté du service-conseil offert aux décideurs pour les accompagner dans la gestion des demandes d’accommodement raisonnable qu’ils reçoivent, 70 % des demandes reçues par le service en 2019-2020 concernaient le motif handicap.

    Ces pourcentages témoignent du travail énorme qu’il reste à faire pour éliminer les barrières à l’emploi pour les personnes en situation de handicap, que ce soit pour le recrutement initial, l’accès à des accommodements raisonnables durant leur emploi ou encore l’accession à des postes de niveau supérieur. Pour aider les employeurs à adopter des pratiques exemptes de discrimination envers les personnes handicapées, la Commission offre une formation et des outils sur le recrutement sans discrimination et sur l’accommodement raisonnable en emploi.

    La Commission publiera en 2021 un rapport sur l’accès à l’égalité à l’emploi qui portera spécifiquement sur les personnes handicapées. Ce rapport contiendra notamment des pistes d’action pour contribuer à une plus grande représentation des personnes handicapées dans le milieu du travail.

    Plus de 40 ans après l’adoption de la Loi assurant l’exercice des droits des personnes handicapées en vue de leur intégration scolaire, professionnelle et sociale, nous croyons fermement que la société québécoise est rendue à cette étape cruciale de l’inclusion. Elle ne pourra que s’enrichir de l’application des programmes d’accès à l’égalité en emploi à toutes les sphères de notre vie collective. Il s’agirait d’une suite logique de l’innovation dont a fait preuve le Québec en mettant en place ces programmes il y a 20 ans.

    Philippe-André Tessier, président
    Sylvain Le May, membre
    Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse