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2 décembre 2025Lettres et allocutions

L’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap n’est pas une faveur, mais un droit

Trois personnes autour d'une table de travail, en discussion devant des ordinateurs, l'homme est en fauteuil roulant.
Employeurs et décideurs publics doivent agir : l’exclusion des travailleurs et travailleuses en situation de handicap du marché de l’emploi est inacceptable. Cette lettre ouverte a été publiée dans Les Affaires, le 2 décembre 2025, à la veille de la Journée internationale des personnes handicapées. Elle s'inscrit dans une série de lettres ouvertes soulignant les 50 ans de la Charte des droits et libertés de la personne.

Alors que nous célébrons cette année les 50 ans de l’adoption de la Charte des droits et libertés de la personne, il n’est pas exagéré de dire que l’application de celle-ci a ouvert la voie au fil du temps à une transformation profonde du statut social et juridique des personnes en situation de handicap. En affirmant l’égalité et la protection contre la discrimination, la Charte a fourni un outil essentiel à ces personnes pour qu’elles puissent lutter contre l’exclusion à laquelle elles étaient confrontées dans plusieurs aspects de leur vie quotidienne, notamment à l’école, au travail, dans l’accès aux transports, aux infrastructures et aux services publics.

Cinquante ans plus tard, il serait cependant faux de croire que la bataille est terminée. Encore aujourd’hui, les personnes en situation de handicap demeurent largement discriminées dans notre société. L’important volume de plaintes que la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse reçoit à cet effet en témoigne de manière éloquente. Bon an, mal an, plus du tiers des plaintes qu’elle traite concerne la discrimination fondée sur le handicap. Dans la dernière année, ce volume de plaintes a cependant atteint une proportion inédite : il représente désormais 47 % des plaintes déposées à la Commission, ce qui fait du handicap le principal motif de discrimination pour lequel elle est appelée à intervenir.

Depuis huit ans, les plaintes pour discrimination dans le domaine de l’emploi à l’égard des personnes en situation de handicap représentent 15 % de toutes les plaintes reçues par la Commission. C’est donc près d’une plainte sur 7 qui est concernée par cette triste et préoccupante réalité sur laquelle il apparaît plus que jamais impératif d’agir.

L’accès à un emploi est bien plus qu’une question économique. C’est d’abord et avant tout un enjeu de droit de la personne. L’emploi est un puissant vecteur de dignité et d’autonomie. Exclure les personnes en situation de handicap du marché du travail perpétue les inégalités structurelles et les place dans des situations de précarité socioéconomique.

C’est pour cette raison que la Commission a initié un vaste projet de recherche sur les obstacles à l’emploi des personnes en situation de handicap. Son rapport publié en mai 2025, présente plusieurs constats troublants qu’il apparaît de plus en plus difficile d’ignorer :

  • Au Québec, plus d’un million de personnes en situation de handicap sont aptes au travail et possèdent des compétences et des diplômes qui sont recherchés par les employeurs
  • Malgré qu’elles soient disponibles pour répondre aux besoins des employeurs, elles sont largement sous-représentées dans tous les milieux de travail et ce, depuis presque 50 ans
  • Les employeurs sont nombreux à entretenir des préjugés et des stéréotypes tenaces à l’égard de la capacité des personnes en situation de handicap à intégrer le monde du travail et à s’y maintenir.
  • La Stratégie nationale pour l’intégration et le maintien en emploi des personnes handicapées, reconduite périodiquement depuis près de 20 ans, peine toujours à livrer les résultats escomptés : encore aujourd’hui, peu d’entreprises ou d’organismes publics comptent des personnes en situation de handicap parmi leurs effectifs. En misant essentiellement sur la bonne volonté des employeurs, les mesures demeurent insuffisantes pour provoquer un réel changement.

Cinquante ans après l’adoption de la Charte, le Québec ne peut plus se limiter à des déclarations symboliques. Les personnes en situation de handicap demeurent exclues du marché du travail, malgré leurs compétences, leur volonté et leur droit fondamental à l’égalité. Cette exclusion est le résultat de préjugés persistants, de politiques timides et d’un manque de courage collectif.

Il est temps de dire les choses clairement : l’accès à l’emploi pour les personnes en situation de handicap n’est pas une faveur, mais un droit. Et ce droit est bafoué chaque jour par des pratiques discriminatoires qui privent des milliers de personnes de leur dignité et de leur autonomie. Il est temps d’infléchir cette injustice.

Une attention particulière doit également être portée à l’accessibilité des transports. Sans transports véritablement accessibles, l’accès à l’emploi des personnes en situation de handicap reste une promesse vide, car l’absence de mobilité adaptée fragilise leur quotidien et les prive d’une liberté de choix pourtant fondamentale.

La Charte a posé les bases d’une société inclusive. Mais tant que les personnes en situation de handicap seront exclues et sous-représentées dans le monde du travail, cette promesse restera inachevée. Il est de notre responsabilité collective de faire respecter les droits des travailleurs et travailleuses en situation de handicap.

Myrlande Pierre
Vice-présidente de la Commission des droits, responsable du mandat Charte

Sylvain Lemay
Membre de la Commission des droits

Pour souligner les 50 ans de la Charte des droits et libertés de la personne, la loi fondamentale du Québec, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse publie une série de lettres ouvertes sur divers thèmes afin de souligner l’importance de la Charte comme moteur de l’évolution du Québec depuis 50 ans et tous les défis que la Charte nous permet encore d’affronter collectivement.