Le respect des droits des enfants ne s’arrête pas à 18 ans
Que fait-on, comme société, pour accompagner une réelle transition vers la vie adulte ?
La Journée internationale des droits de l’enfant est un rendez-vous annuel qui nous rappelle que les enfants sont des personnes à part entière et qu’ils sont titulaires de droits. À l’instar de nombreux États, le Québec s’est déclaré lié à la Convention relative aux droits de l’enfant. Cet engagement n’est pas seulement symbolique, il exige une vigilance constante et des actions concrètes qui garantissent à chaque enfant le droit de grandir en santé, en sécurité, dans la dignité et avec des chances égales de s’épanouir.
Pour ce 20 novembre, il nous apparaît important, à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, de mettre les projecteurs sur un moment charnière de la vie des jeunes : la préparation à la vie d’adulte. Dans le livre « Droit de cité » les jeunes témoignent d’enjeux bien réels auxquels ils font face. Pour Kevin, avoir 18 ans, ça voulait dire perdre toutes les personnes qui l’accompagnaient et qui auraient pu lui assurer une certaine stabilité dans sa transition à la vie adulte alors que Geneviève parle de son besoin d’être outillée pour faire face à sa nouvelle réalité : comment faire un budget ou trouver un logement.
Ces situations sont loin d’être uniques. Les jeunes ex-placés de la DPJ se retrouvent très souvent désemparés et démunis à leurs 18 ans, à l’âge où la protection de la jeunesse se retire de leur vie. La préoccupation de les accompagner dans cette transition, bien présente dans nos discours collectifs, se traduit-elle réellement par des actions concrètes?
La Chaire-réseau de recherche sur la jeunesse au Québec, dont les recherches sont ancrées dans le vécu des jeunes, a récemment présenté des données malheureusement éloquentes. Une faible proportion des jeunes ayant quitté les services de la protection de la jeunesse détient un diplôme d’études secondaires — à peine 22,8 % l’obtiennent avant 23 ans comparativement à 85,7 % chez les jeunes du même âge au Québec. Plus de 95 % d’entre eux n’atteignent pas la diplomation collégiale avant cet âge. Les jeunes placé·e·s ayant vécu un ou des épisodes d’itinérance ont 40 fois plus recours à des services de santé mentale et de psychiatrie que les jeunes en général, entre 18 et 20 ans. Et un tiers des personnes en situation d’itinérance sont passées par la Direction de la protection de la jeunesse. Ces chiffres témoignent d’un écart important qui traduit une rupture dans le continuum de services offerts aux jeunes en transition.
La transition vers la vie adulte ne devrait jamais être un saut dans le vide
La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse affirmait à raison que la transition à la vie adulte est un moment névralgique dans la vie qui s’échelonne sur plusieurs années. Cette transition doit être préparée, encadrée et accompagnée, pour que chaque jeune puisse aborder cette période dans les meilleures conditions. La nouvelle obligation récemment ajoutée à la Loi sur la protection de la jeunesse de convenir avec le jeune d’un plan pour assurer sa transition à la vie adulte et de l’informer des services de soutien offerts reconnaît l’importance de cette préparation. Il en va de même de l’obligation de l’informer de la possibilité de rester dans son milieu de vie substitut lorsque sa situation le requiert et qu’il y consent. Cet engagement implique qu’on se pose une question importante : que fait-on, réellement, comme société, pour accompagner cette transition vers la vie adulte ?
Comment peut-on garantir le droit à la sécurité, à la dignité, à l’égalité, si un jeune quitte le système sans qualifications professionnelles, sans diplômes, sans emploi et sans toit ? Comment assurer son droit à se développer et à être entendu s’il ne reçoit pas le soutien social et communautaire nécessaire pour franchir cette étape ?
Agir pour la continuité des services
Afin de mieux accompagner nos jeunes dans cette étape si cruciale, il est primordial de renforcer le filet social autour d’eux en poursuivant le soutien offert aux initiatives d’hébergement destinées aux jeunes en transition vers la vie d’adulte, en facilitant l’accès aux soins de santé mentale et à l’éducation et en favorisant la participation des jeunes à toutes les étapes de cette période charnière dans leurs vies. Il faut également soutenir l’important travail d’organismes qui outillent les jeunes les plus vulnérables dans leur parcours, leur donner les moyens de planifier et d’offrir des accompagnements personnalisés et durables. Cette continuité dans les services est essentielle pour préparer et faciliter les transitions que le jeune aura à vivre.
Préparer nos jeunes à la vie adulte, c’est préparer l’avenir de toute la société. C’est prévenir l’exclusion, la pauvreté, l’isolement, et c’est permettre à chaque jeune de développer son plein potentiel.
Stéphanie Gareau
Présidente par intérim et vice-présidente responsable du mandat jeunesse
Alain Roy
Membre de la Commission
Pour souligner les 50 ans de la Charte des droits et libertés de la personne, la loi fondamentale du Québec, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse publie une série de lettres ouvertes sur divers thèmes afin de souligner l’importance de la Charte comme moteur de l’évolution du Québec depuis 50 ans et tous les défis que la Charte nous permet encore d’affronter collectivement.


