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14 mai 2026Communiqués

Trente ans de plaintes révèlent un climat d’exclusion persistant envers des personnes LGBTQ+ au travail

L’analyse de 769 plaintes déposées entre 1994 et 2024 pour discrimination en emploi fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité ou l’expression de genre révèle que l’homophobie et la transphobie demeurent bien présentes dans des milieux de travail, selon un le rapport lancé aujourd'hui par la Commission des droits en partenariat avec SAVIE-LGBTQ.

Montréal, 14 mai 2026 — La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse rend public aujourd’hui un rapport issu de l’analyse de 769 plaintes déposées entre 1994 et 2024 pour discrimination en emploi fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité ou l’expression de genre. Réalisée dans le cadre du projet de recherche partenariale Savoirs sur l'inclusion et l'exclusion des personnes LGBTQ (SAVIE-LGBTQ), cette étude met en lumière la persistance d’un climat d’exclusion dans certains milieux de travail québécois. 

« À l’approche de la Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, un constat demeure : l’égalité réelle pour les personnes LGBTQ+ n’est pas encore atteinte. Si les avancées juridiques des dernières décennies ont permis d'éliminer certaines formes explicites de discrimination, l’analyse démontre que l’homophobie et la transphobie demeurent bien présentes dans des milieux de travail », souligne Nadine Koussa, présidente de la Commission des droits. 

Des milieux de travail encore hostiles  

L’analyse des plaintes illustre comment l’homophobie et la transphobie peuvent se manifester au quotidien dans les milieux de travail. Présentes sous différentes formes — propos stéréotypés et moqueries, mégenrage, dévoilement non consenti de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre, tolérance passive de comportements discriminatoires par l’employeur— ces manifestations s’exercent parfois de manière explicite et violente, parfois de façon plus subtile, ce qui les rend difficiles à documenter.  

Au cours des dernières années, la Commission tend à observer une hausse du nombre de plaintes qu’elle reçoit pour discrimination en emploi fondée sur ces motifs, particulièrement l’identité ou l’expression de genre. Ces données font écho aux résultats d’un sondage du Secrétariat à la condition féminine qui montre que le pourcentage de personnes se déclarant à l’aise face à des collègues de la diversité sexuelle et de genre a décliné de plus de 10 % depuis 2013, et ce, de façon plus prononcée envers les collègues trans et non binaires. L’Enquête SAVIE-LGBTQ expose quant à elle que, selon le sous-groupe LGBTQ+, entre un quart et la moitié des personnes répondantes ne travailleraient pas dans un milieu très inclusif. 

Des conséquences graves  

Les effets de la discrimination dépassent largement la sphère professionnelle. Dans 92,5 % des plaintes, les personnes rapportent des impacts de différentes natures sur leur bien-être, leur parcours professionnel et leur prestation de travail : pertes d’emploi, représailles, atteintes à la santé mentale, angoisse, humiliation, précarité économique, impossibilité de travailler, perturbations de la vie familiale, et dans certains cas, pensées suicidaires. Ces effets s’inscrivent dans une trajectoire de vie souvent marquée par l’accumulation d’expériences négatives et discriminatoires, de l’école au marché du travail, ce qui rend le recours aux mécanismes de plainte encore plus difficile.   

Le rapport souligne à ce propos les nombreux obstacles qui freinent l'exercice de recours formels : méconnaissance des procédures, crainte de représailles, difficulté à faire reconnaître le caractère discriminatoire des faits, ou encore la crainte de devoir dévoiler son orientation sexuelle ou son identité de genre dans le cadre d'une plainte. Les manifestations les plus flagrantes de l’homophobie et de la transphobie au travail sont celles qui sont dénoncées, mais elles ne représentent que la partie visible d’un phénomène beaucoup plus large. 

Le poids des stéréotypes sexistes  

L’analyse qualitative révèle également que ces formes de discriminations s’inscrivent dans des dynamiques de genre profondément ancrées. Le rapport met en évidence l’importance du sexisme dans les discriminations vécues par les personnes LGBTQ+. Les femmes lesbiennes sont sous-représentées dans les plaintes, ce qui pourrait refléter une invisibilisation ou une moindre reconnaissance de leurs expériences spécifiques. À l'inverse, les femmes trans sont surreprésentées, ciblées par des stéréotypes transmisogynes les associant à des figures de menace. Les hommes homosexuels, quant à eux, font régulièrement l'objet de propos les dévalorisant en raison d'une féminité perçue. 

« Parmi les communautés LGBTQ+, les femmes trans sont le groupe le plus susceptible de rapporter des violences. La surreprésentation documentée par la Commission illustre tristement cet état de fait », rappelle Martin Blais, co-directeur de SAVIE-LGBTQ.  

Un rôle décisif pour les employeurs   

Dans 63 % des 201 plaintes ayant fait l’objet d’une analyse qualitative, les personnes plaignantes dénoncent le climat de travail. Dans 45 % de ces cas, la tolérance de l’employeur est directement pointée du doigt. Les employeurs disposent de leviers concrets pour prévenir la discrimination : adoption de politiques contre la discrimination et le harcèlement, mécanismes robustes de traitement des plaintes, formation du personnel, sensibilisation aux stéréotypes de genre, respect de la confidentialité et vigilance accrue lors des processus d’embauche, notamment pour les personnes trans.  

« L’inclusion au travail relève d’abord du droit à l’égalité. Les employeurs ont un rôle déterminant à jouer pour garantir un climat de travail respectueux et sécuritaire », rappelle Myrlande Pierre, vice-présidente responsable du mandat Charte.   

En conclusion, la Commission réaffirme son engagement à promouvoir des milieux de travail inclusifs et exempts de discrimination. Elle invite les gouvernements, les employeurs et les syndicats à se mobiliser afin que l’égalité juridique se traduise enfin par une égalité réelle dans tous les milieux de travail.  

Le rapport de recherche L’égalité réelle se fait toujours attendre, 30 ans de plaintes pour discrimination en emploi envers des personnes LGBTQ+ peut être consulté en ligne : www.cdpdj.qc.ca/30ansLGBTQ 

Une capsule vidéo résumant le rapport peut être visionnée sur la chaîne YouTube de la Commission des droits.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse assure le respect et la promotion des principes énoncés dans la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. Elle assure aussi la protection de l’intérêt de l’enfant, ainsi que le respect et la promotion des droits qui lui sont reconnus par la Loi sur la protection de la jeunesse. Elle veille également à l’application de la Loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans des organismes publics. 

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Source :  
Jack Duhaime
438 867-4074
medias@cdpdj.qc.ca